Le
chamanisme
Des textes qui m'ont été transmis, décrivent
le chaman comme un personnage très important des
sociétés paléolithiques sachant utiliser
les différentes techniques de modification de la
conscience-rythmes, chants, danses et parfois, des plantes
hallucinogènes - pour accéder à un
état de transe ou d'extase afin de soigner autrui.
Il est également capable de guider l'âme du
trépassé vers sa nouvelle demeure. Intermédiaire
entre l'homme et les esprits, il possède le pouvoir
d'indiquer les lieux de chasse, de changer le climat, de
faciliter la naissance et de prévoir l'avenir. Cette
description de leurs fonctions et de leurs pouvoirs ressemble
beaucoup à celle des Kahunas, ces Hawaïens dont
j'ai enseigné les méthodes de guérison.
Nous savons que ces connaissances chamaniques sont entrées
sur notre continent avec les ancêtres des Amérindiens
actuels qui ont jadis occupé les terres septentrionales
de l'Asie où le chamanisme est encore bien vivant.
Mon
tout premier contact avec ces rituels s'est effectué
à Maniwaki dans un lieu fréquenté par
des chamans du Canada et des États Unis qui s'y réunissent
chaque année, pendant les premiers jours du mois
d'août. Les cérémonies effectuées
au lever du soleil et les rituels du feu sacré m'ont
fortement impressionné par leur énergie puissante
et harmonieuse. Pour la première fois je me sentais
parfaitement relié à notre terre, à
laquelle j'avais habituellement peine à rester ancré
aussitôt que mes vibrations prenaient un peu d'altitude.
Levés tôt pour assister à l'apparition
du soleil, nous marchions dans l'air frais du matin et nos
pas laissaient des empreintes bien visibles dans l'abondante
rosée qui recouvrait les champs. Les visiteurs sortant
de leurs tentes pour descendre vers le lac, empruntaient
les mêmes chemins marqués d'un tracé
plus sombre dans l'herbe, afin de déranger le moins
possible cette courte végétation qui se préparait
à vivre le moment de gloire où elle brillerait
de toutes ses perles en saluant le lever de l'astre du jour.
Près d'une pointe de terre s'avançant timidement
dans les eaux, deux canards glissant doucement sur la nappe
liquide, qu'aucun souffle de vent ne venait froisser, ponctuaient
de leurs cris mélancoliques le silence de l'aube.
Les
voix se faisaient feutrées parce personne n'osait
briser ce moment où les yeux, les oreilles et le
cœur jouissaient simultanément d'une même
paix. De grands bouleaux portaient sur leur écorce
blanche la marque tangible d'une offrande récente
à ce feu sacré qu'ils pourraient bientôt
voir s'allumer pour éclairer deux ou trois nuits,
en projetant sa lumière au-delà de son cercle
protecteur. Les grands pins avaient aussi en guise de contribution,
déposé sur le sol d'abondantes quantités
d'aiguilles séchées, pour accompagner le généreux
don des bouleaux et les odorants rameaux de cèdre
au moment de l'allumage. La mise à feu effectuée
à l'instant où le soleil, précédé
de ses premiers rayons, laissait apparaître le haut
de son disque, nous a permis d'entrer dans le cercle après
être passés par la purification. Le gardien
de l'unique porte, qui s'ouvre toujours en direction de
l'est, enfumait l'avant et le dos toute personne passant
devant lui, en activant de son grand plumeau la fumée
dégagée par des tiges de sauge qui se consumaient
dans une grande coquille.
Ainsi
purifiés, nous pouvions entrer dans le cercle et
aller nous asseoir, en circulant dans le sens de la course
du soleil, sur des troncs d'arbres placés à
cet effet en même temps que pour délimiter
le cercle d'influence énergétique du feu sacré.
Après une longue invocation adressée au Créateur
et aux esprits, l'un des chaman a allumé le calumet
bien rempli de tabac que ses confrères ont aussi
goûté puis délicatement remis à
un dernier qui en faisant la tournée des assistants
veillait soigneusement à ce que chacun en tire de
la fumée. Parce que j'avais remarqué le concert
des oiseaux lorsque j'initiais au Reiki en pleine nature,
ou encore dans une maison dont la porte ouverte donnait
sur le jardin, j'ai prêté l'oreille. Et oui,
les petits chanteurs ailés et colorés étaient
bien là, ils avaient réuni leurs meilleures
chorales pour célébrer avec nous ce contact
avec l'énergie de la terre et de la nature.
La
cérémonie du calumet, ou de la pipe, qui pour
les Amérindiens revêt un caractère sacré
de paix et de fraternité, était révélateur
de l'ouverture de leur spiritualité à tous
les visiteurs qu'ils accueillaient. Le rituel matinal du
lendemain comptait deux officiants de plus, l'un japonais
et l'autre Africain. Au moment d'accomplir son rituel devant
le feu, le Japonais a allongé son bras droit vers
le soleil levant pour ensuite diriger sa main ouverte sur
les assistants en pivotant sur lui même pour faire
le tour du cercle. Malgré la distance qui nous séparait,
que j'évalue à environ huit mètres,
lorsque sa main est passée dans ma direction, j'ai
été vraiment frappé par la puis-sance
de l'énergie qu'il émettait.
Notre hôte qui disait recevoir sur ses terres de plus
en plus de visiteurs à chaque année était
particulièrement heureux d'avoir pour la première
fois, des représentants des quatre races. Au cours
de la journée, des conférences traitant de
la spiritualité amérindienne et d'autres sujets
concernant la terre, occupaient les visiteurs. En après-midi
les tentes de sudation ouvraient grand leurs portes aux
groupes qui voulaient se purifier, corps et esprit. Ces
tentes étaient originalement couvertes de peaux d'animaux
placées sur une structure circulaire faite de montants
de bois flexible attachés ensemble en leur centre
et qui selon leur taille peuvent contenir un nombre variable
de personnes. Un accompagnateur est chargé d'appeler
les Esprits purificateurs et de verser de l'eau sur la pierre
rougie au feu qu'il a déposé au centre de
la tente juste avant l'entrée des invités.
La toile, qui a maintenant, pour fins de commodité,
remplacé le matériau original, est soulevée
à tour de rôle dans l'une des quatre directions,
allant dans le sens de la course du soleil. L'énergie
des quatre points cardinaux peut ainsi se joindre à
celle du feu et c'est par cette ouverture que sont invitées
à sortir les personnes qui ne peuvent plus supporter
la chaleur ou qui vivent de trop fortes émotions.
Cet exercice spirituel peut être vu comme étant
drastique si l'on en juge par l'état de certaines
personnes qui en sortent pendant ou après le rituel.
On les allonge dans l'herbe et elles sont soigneusement
accompagnées jusqu'à ce que tout revienne
à la normale chez elles. Lorsque je prépare
et allume un feu sacré, dont je connais maintenant
les secrets, ou lorsque je veille sur lui, mon esprit retourne
infailliblement se brancher aux heureux souvenirs de ces
jours où le chamanisme s'est imposé à
moi.

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