Au
cœur de la culture Inca
En 2003, j'ai été invité à vivre
avec un petit groupe de personnes, un voyage au Pérou
et en Bolivie qui se ferait au début de l'été.
Je savais devoir me rendre en ce pays pour rencontrer la
Croix du Sud et faire une connexion énergétique
avec cette constellation qui habite le ciel austral. Nous
avons quitté Montréal tôt le matin,
à destination d'Atlanta. Après quelques heures
d'attente dans cet aéroport situé en territoire
américain, nos bagages ont de nouveau été
inspectés alors qu'ils l'avaient été
à Dorval et que nous n'étions qu'en transit.
Les Américains étaient devenus suspicieux
depuis les événements du 11 septembre. Cette
fois, le vol nous a conduit directement à Lima. J'étais
assis près d'un réacteur taquin et quelque
peu méchant, qui s'amusait à ronfler très
fort dans le noir, ce qui à la longue devint une
véritable torture pour mes oreilles qui ont été
mises hors service pour quelques heures. J'avais le sentiment
que cet engin avait de nombreuses victimes à son
actif, dont il s'était amusé à observer
le mécontentement par le hublot. Je me suis pris
à penser à ce qui aurait pu se produire si,
pris à son propre jeu, il s'était réellement
endormi.
Nous
sommes descendus dans la capitale du Pérou qui, indifférente
à notre arrivée, sommeillait sous son ciel
de lit étoilé. Malgré l'obscurité
que tentaient de combattre sans conviction quelques faibles
lampadaires, notre hôtel avec ses balcons fleuris
et sa petite cour intérieure, fermée par des
barrières métalliques, attirait le regard.
Plantée d'arbustes parmi lesquels serpentaient de
petits sentiers conduisant à des aires de repos munies
de bancs, cette cour donnait à l'ensemble un aspect
invitant. Je me suis rapidement endormi en pensant que le
lendemain nous ferions une visite de la ville de Lima. Lors
de cette tournée, la cité m'est apparue terne
et peu vivante. Il subsiste bien quelques maisons et édifices,
vestiges de la colonisation espagnole et de somptueux sanctuaires
catholiques érigés par les conquérants,
qui viennent briser la monotonie du paysage urbain mais
le reste m'est apparu d'une décevante uniformité.
Les rues commerciales du centre ville sont cependant plus
colorées et animées. Le musée de l'or,
étale sous nos yeux une minuscule partie de la richesse
que les Espagnols ont pris aux Incas et nous parle de l'histoire
de ce pays où sont passées quelques civilisations
plus ou moins connues.
Dans
notre périple nous conduisant vers le sud, nous avons
traversé des terres désertiques rappelant
celles de l'Égypte et, comme pour accentuer la similitude,
nous y avons même aperçu quelques pyramides,
depuis longtemps abandonnées à elles mêmes,
témoignant d'un passé plus glorieux. En route
vers Puno nous nous sommes arrêtés sur un site
inca qui du haut de sa colline veillait sur les alentours.
Nous accédions à cet endroit par un long et
large escalier naturel de pierres, aux marches fortement
assymétriques. Sur ces hauteurs, notre guide nous
conduisant à un cercle dépourvu d'herbe, a
indiqué qu'il s'agissait d'un vortex probablement
créé par une civilisation pré-incaïque.
Nous l'avons entouré nous tenant par la main et j'ai
immédiatement su que je devais aller dans le vortex.
J'ai fait quelques pas et au centre, l'énergie était
si yang qu'elle provoquait chez moi des tremblements. J'ai
appelé le Mahatma lui demandant d'équilibrer
ces vibrations et une énergie d'une indicible douceur
est entrée dans mon bras droit relevé vers
le ciel, pour descendre jusque dans la terre. A ce moment,
j'ai eu la certitude que le travail était accompli.
Nous avons quitté le site alors que le soleil disparaissait
à l'horizon éclairant nos pas de ses derniers
rayons et nous avons terminé notre descente aidés
de quelque lampes de poche, pâles lumières
dans une complète obscurité.
Nous
avons dormi à Puno. Quelque chose de négatif,
de dysharmonieux existe dans les énergies de cette
ville et de la région. C'est avec un certain soulagement
que j'en suis reparti le lendemain pour me rendre à
l'île de Taquilé dans le grand lac Titicaca
(nom qui signifie, puma gris). Pour les touristes, le sentier
marin passe par les îles flottantes. Ces îlots
uniques au monde, sont entièrement faits de jonc
flottant à la surface de l'eau. Tout est fait de
jonc: le sol, les huttes, les objets fabriqués sur
place pour être vendus aux touristes et les barques
où on vous invite à monter pour une promenade.
C'est sur le modèle de ces embarcations que Thor
Heyerdall avait construit le Kon Tiki pour se rendre de
Tahiti jusqu'à la côte sud-américaine
afin de démontrer la possibilité que certains
peuples de ces contrées soient originaires des îles
du Pacifique. Chaque année les habitants doivent
partir à la cueillette de joncs, que l'on voit pointer
à certains endroits où le lac a peu de profondeur,
pour en déposer une nouvelle couche à la surface
des îlots afin les garder à flot. C'est une
sensation particulière que de marcher sur un sol
fléchissant sous les pieds. La légende veut
que ce soit un peuple fuyant devant une armée de
conquérants qui a donné naissance à
ces îles. Ici, l'espérance de vie ne dépasse
pas cinquante ans et la plupart des habitants souffrent
d'arthrite.
Taquilé,
île où les infrastructures touristiques sont
à peu près inexistantes, est un endroit idéal
pour observer les coutumes des gens du pays. Quelques restaurants
où on vous sert inévitablement les mêmes
mets et un nombre limité de chambres sont à
la disposition des visiteurs. Ici, on ne connaît pas
les matériaux d'isolation pour les maisons. Comme
le Pérou vivait son hiver et qu'en cette saison le
mercure descend à cinq degrés pendant la nuit,
nous nous étions procuré des chandelles pour
tenter de réchauffer l'air ambiant. Mais au matin,
voyant s'infiltrer à travers la porte les rayons
du soleil levant, nous avons compris la raison du peu d'efficacité
de notre système de chauffage. Nous avons visité
les lieux de culte incas, gardés par des portails
de pierres et médité sur place pour faire
une connexion avec les énergies y subsistant. Les
Indiens rencontrés nous saluaient respectueusement
en Quéchua. Surtout si vous les croisez au hasard
d'un sentier vous sentez vraiment que leur salutation est
plus qu'une formule de politesse et vient du cœur,
ce qui m'a amené à mesurer leur niveau vibratoire.
L'échelle Magalik a révélé que
celui-ci était en moyenne supérieur à
celui de notre groupe qui se voulait pourtant composé
de personnes vivant dans la conscience.
Le lendemain de notre arrivée je suis parti seul
pour retourner sur un lieu de culte dégageant une
énergie particulièrement harmonieuse. Au retour,
après une longue méditation sur un cap dominant
le lac, je me suis égaré. J'ai longtemps marché
dans les sentiers pavés de pierres, cherchant du
regard les maisons connues, mais je constatais chez celles-ci
plus de similitudes que de différences. Heureusement
que j'avais remarqué le nom du restaurant où
nous avions pris nos repas. Un Indien m'a indiqué
que j'allais dans la bonne direction et une dizaine de minutes
plus tard un deuxième m'a signifié que je
devais tourner à droite à la croisée
du prochain sentier. Je suis finalement tombé sur
des membres de mon groupe revenant de la place du marché.
J'avais rencontré une douzaine d'enfants portant
fièrement leur sac pour se rendre à l'école
à l'heure du midi. Si chez les Indiens, je n'ai pas
trouvé les adultes physiquement beaux, j'ai constaté
que les enfants sont vraiment irrésistibles avec
leurs grands yeux noirs. Fait inusité, en chemin
j'ai croisé quelques hommes portant un sac à
dos contenant de la laine servant à fabriquer ces
tuques que portent les Indiens. Ils vont, faisant jouer
les aiguilles, dans les sentiers pavés de pierres
qui demandent à notre regard de guider chaque pas.
La laine glisse sur leur épaule gauche à mesure
que le tricot la réclame. Je me suis demandé
combien de temps je mettrais pour en arriver à cet
automatisme sans laisser quelques mailles du tricot en souffrance.
Retournés
à Puno pour y passer la nuit, nous nous sommes ensuite
mis en route vers Copacabana. Un traversier nous a transporté
sur l'autre rive du lac près de la frontière
bolivienne. Autre fait inusité, nous sommes descendus
de l'autobus au poste frontalier péruvien et nous
avons dû transporter nos valises sur une pente ascendante
d'une centaine de mètres pour atteindre le poste
bolivien. Alors que partout ailleurs on se précipite
sur nos bagages pour profiter d'un pourboire, ici personne
ne pose ce geste. Il y a eu entente entre le Pérou
et la Bolivie afin que chaque pays profite également
de la manne touristique. Aucun autobus péruvien ne
traverse la frontière bolivienne et il en est ainsi
pour les transporteurs boliviens vers le Pérou.
Des
douaniers ne connaissant pas le sourire, mais accomplissant
calmement leur fonction ont estampillé nos passeports
et nous voilà dans cet autre pays, autrefois partie
de l'empire Inca. Dès mon approche, j'ai senti que
Copacabana me plairait avec sa montagne conique et son port
où se reposait une flottille de petits bateaux blancs.
De coquets hôtels sont implantés dans la pente
vers le lac, de façon à ce que les occupants
aient une vue sur celui-ci. Cette ville accueille des habitants
de tous les pays de l'Amérique du Sud venant se recueillir
dans le célèbre sanctuaire de la Vierge Noire.
Le
lendemain nous sommes descendus au port, prendre un bateau
pour rendre visite à l'île du Soleil. Au cours
du trajet de plus de deux heures, une jeune femme ayant
visiblement du sang indien a remis à chacun d'entre
nous une fleur, la fleur sacrée des Incas, pour nous
souhaiter la bienvenue sur cette île, qui fut autrefois
habitée par des membres de la noblesse de ce peuple.
Aussitôt débarqués, nous avons refait
connaissance avec les inévitables sentiers et escaliers
de pierres ornant partout le paysage de cette terre qui
fut jadis la patrie d'une civilisation affectionnant les
hauteurs.
Cette île apparaît comme le sommet d'une montagne
qui, tel un joyau, surgit des profondeurs du lac pour en
accentuer la beauté. Avec l'île de la Lune
accompagnée d'îlots, elle forme un minuscule
archipel faisant sans doute partie de la même élévation
sous-marine. Deux constructions de pierres qui ont probablement
servi de résidence aux Nobles Incas sont tout ce
qui reste des anciennes habitations. Nous en avons visité
les nombreuses petites pièces en nous imprégnant
de l'énergie emmagasinée dans les murs de
pierre, seul témoin vivant de cette époque.
Le sentier ascendant nous conduisant au centre de l'île
nous offre les plus beaux paysages qu'il m'aient été
donné de voir à ce jour. Le soleil brillait
dans un ciel sans nuages, sur le lac d'un bleu profond formant
des couloirs entre les îlots, tandis qu'à l'arrière
plan se profilaient au loin les pics blancs des montagnes
boliviennes.
La
partie de l'île dominant le second port est habitée
et les cultures en terrasses ainsi que des maisons au toit
coloré en témoignent. Sur une hauteur dominant
le sentier, un lama blanc broutait paisiblement, affichant
une complète indifférence aux caméras
qui tentaient de capter son image. Je suis allé jusqu'à
lui pour le faire se retourner afin qu'il soit l'objet de
meilleures photos. Je me suis approché jusqu'à
ce qu'il relève la tête et abaisse les oreilles
pour me signaler qu'il valait mieux en rester là.
Je me suis éloigné pour être hors de
portée d'un désagréable liquide qui
risquait de m'atteindre si j'avais insisté. Ce sentier
nous conduit aux abords d'une fontaine dont la légende
veut que chacun des trois jets accorde un don à celui
qui s'y fait baptiser. Nous sommes donc tous passés
par le triple baptême avant d'entreprendre une longue
descente vers le port. La pente raide et les sentiers sinueux
cachent des plateaux où nous attendent, sous les
arbres et devant des tables bien garnies, les fabricants
de souvenirs. Ils se font insistants et envoient les enfants
nous présenter parmi d'autres objets, des poupées
costumées à l'indienne en nous implorant de
la voix et du regard. Cependant, contrairement aux vendeurs
égyptiens, ils ne sont jamais agressifs.
Près
du port, une dame se tenait sous un arbre pour être
photographiée avec son lama. Voyant que les affaires
n'étaient pas à leur meilleur, elle a confié
son animal à une personne de notre groupe. Les gens
se sont approchés pour toucher le lama et bon nombre
de photos furent prises. La dame qui habilement s'était
quelque peu éloignée en observait le tout,
est revenue réclamer un pourboire pour chaque personne
photographiée avec son lama. Les heures du retour
à Copacabana m'ont semblé longues après
des heures passées à marcher dans l'île.
La fatigue aidant, certains se sont endormis sur les banquettes
libérées par les voyageurs qui étaient
allés prendre du soleil sur le pont.
Le
jour précédant, notre infatigable guide nous
avait parlé d'une excursion dans la montagne, disant
que la visite des stations du chemin de croix érigées
le long du sentier valaient le déplacement. Après
le repas du soir, quelques personnes ont accepté
de le suivre. Dès le début de notre ascension,
une superbe vue de la ville s'est offerte à nos yeux.
Un rectangle occupé par différents bâtiments
où dominait le sanctuaire de la Vierge Noire, que
nous avions visité la veille, se découpait
nettement du reste des habitations. De grands chênes
et des eucalyptus bordaient le sentier. Nous n'arrêtions
pas aux stations que pour en admirer la facture, mais surtout
pour reprendre notre souffle. Il faut dire que nous étions
en altitude, Titicaca étant le lac navigable le plus
élevé au monde. Nous avons atteint un plateau
où des Boliviens pratiquaient un rituel ancestral.
Pour ce rituel, des feuilles de coca sont distribuées
à chaque personne par le chaman, pour être
ensuite déposées dans un tissu que le rituéliste
repliera d'une façon spéciale tout en faisant
des incantations. Le tout sera arrosé d'alcool et
brûlé pour obtenir protection et autres faveurs.
A certaines occasions, peut être pour obtenir une
grande faveur, on brûlera aussi un fœtus de lama.
Regardant le sentier vers le pic de la montagne qui conduisait
à la deuxième partie des stations du chemin
de croix j'ai décidé que pour le moment, j'en
avais assez de remonter les pentes et lorsque je suis reparti
vers la ville, j'ai constaté que mes compagnons de
voyage en faisaient autant.
Le
lendemain, nous nous sommes remis en route pour La Paz par
l'Altiplano, immense plateau dont l'élévation
se situe entre 3400 et 4200 mètres. Ici, à
part l'oxygène raréfié dans l'air,
ce sont d'étranges petites montagnes solitaires,
portant bonnet et poncho blancs de neiges éternelles
qui nous indiquent le mieux notre altitude. Ici, la forêt
n'existe pas, la végétation que perçoit
le voyageur se compose surtout d'arbustes. Quelques fermes
démontrent pourtant que l'agriculture et l'élevage
sont encore praticables à ce niveau. Les minuscules
villages se tiennent très éloignés
les uns des autres comme pour éviter, autant que
possible, les fréquentations pouvant entacher leur
individualité. Un soleil rouge gardien de ces paysages,
nous suivait à toute vitesse jetant vers nous un
coup d'oeil furtif entre les buissons et rassuré,
il est parti éclairer un autre monde qui l'attendait.
Devant ses derniers rayons qui quittaient un ciel sans nuages,
mon ressenti me parlait de beauté paisible et aussi
de grande solitude. Le soir de notre arrivée, La
Paz nous attendait illuminée jusque sur les bords
de sa cuvette. Les conquérants espagnols ont imité
les autochtones en construisant leurs habitations dans ce
lieu protégé par une couronne de montagnes.
On suppose que c'était pour se mettre à l'abri
des vents de l'Altiplano.
Les
édifices gouvernementaux remarquables par leur architecture
et naturellement, les églises sont les constructions
les plus prestigieuses. Les rues commerciales sont agréables
et animées. Nous voyons ici aussi, la pauvreté
côtoyer l'opulence des nouveaux riches qui construisent
leurs villas à flanc de montagne. Au centre de la
cuvette, une haute colline qui servait d'observatoire aux
Incas est l'endroit par excellence pour jeter un coup d'œil
sur la ville. Une rivière serpentant entre les montagnes
passe par cette cité, qu'elle traverse sans se presser.
Il ne faut cependant pas sous- estimer sa force et sa patience
car elle a réussi à se tailler un profond
chemin de sortie à même le massif. Tout ceci
donne à la ville un cachet vraiment unique.
Notre
périple nous a ensuite conduit à Tihuanaco,
où s'est clairement manifesté le but de mon
voyage. Il existe des murs de pierres formant un rectangle
où le soleil entre exactement dans un alignement
de portails (je ne sais c'est à l'heure du midi ou
à son lever) le jour du solstice d'été.
J'étais cependant attiré par la colline voisine
sur laquelle les archéologues avaient dégagé
en partie, un site ayant la forme d'une croix Inca. Une
énergie que je n'avais jamais connue dans ma présente
incarnation mais qui m'a pourtant semblé familière
s'est emparée de moi et, pendant la méditation
j'ai vu un prêtre-astronome vêtu de blanc, accomplissant
un rituel de connexion avec la Croix du Sud afin de faire
descendre sur le peuple les bienfaits de ses énergies.
Dans le ressenti accompagnant vision, j'ai compris que j'étais
venu fermer la boucle d'un travail inachevé. Depuis
mon enfance, le nom de la Croix du Sud évoquait pour
moi quelque chose d'attirant et de mystérieux, mais
j'ignorais complètement que ces quatre étoiles
formaient la constellation sacrée des Incas. J'ai
donc quitté ce site avec le sentiment du devoir accompli
qui consistait à refermer l'un des maillons de la
chaîne de mes différentes incarnations.
La
religion des habitants de ces régions est un curieux
catholicisme imprégné de rituels ancestraux.
Ainsi, nous avons été invités à
être parrains et marraines d'un enfant de trois ans
à qui on avait jamais coupé les cheveux, attendant
pour ce faire, le jour de ce que l'on peut appeler son ''baptême
inca''. Selon la coutume, plus sont nombreux les parrains
et marraines, plus l'enfant sera favorisé au cours
de son existence, à fortiori si ceux-ci sont étrangers.
La mère très intimidée coupait une
large mèche de cheveux pour chacune des personnes
présentes et la déposait sur la table, à
côté du petit Antonio qui jetait un regard
étonné sur ces figures attentives et souriantes,
qui n'avaient rien des traits de ceux de sa race. Le père,
très honoré de notre présence ne pouvait
cacher sa joie qui l'emportait très largement sur
une timidité certaine. Le rituel terminé,
pour nous remercier il nous a servi une bière du
pays et bien sûr, nous avons tous contribué
monétairement à la fête en guise de
cadeau à notre nouveau filleul.
Le
lendemain, par la voie des airs, nous avons quitté
La Paz pour Cusco, ancienne capitale de l'empire inca. C'est
impressionnant de voler à basse altitude au-dessus
des Andes. On croirait que ce vaste territoire fut jadis
un terrain de jeu pour des géants qui se sont amusés
à empiler des rochers les uns sur les autres jusqu'à
ce que la pointe ainsi formée ne le permette plus.
Les montagnes se tiennent en rangs serrés comme une
armée prête au combat. Quelques parcelles du
territoire qui, pour garder leur identité ont refusé
le soulèvement, sont devenues de toutes petites vallées
habitées, parfois reliées les unes aux autres
par un chemin en lacet tracé aux pieds des montagnes.
La piste d'atterrissage de Cusco étant très
courte parce que située en terrain accidenté,
le pilote qui doit se préparer à une descente
rapide de l'avion va jusqu'à presque frôler
le dernier sommet avant de se poser. Ceci donne pour un
instant aux passagers qui en ignorent la raison, la désagréable
impression qu'ils sont arrivés à l'heure de
faire leur transition dans un autre monde. Dès ce
moment passé, la piste apparaît et l'avion
fait un nouveau plongeon. En quelques instants nous touchons
le sol et nous voilà à Cusco, nom qui signifie,
"le nombril" en Quéchua. J'ai beaucoup
aimé cette ville accueillante, je me suis immédiatement
senti en parfaite harmonie avec ses énergies. J'ai
vraiment pris plaisir à la découvrir en me
promenant sur ses trottoirs, m'arrêtant dans les boutiques
pour me payer quelques souvenirs.
Le
voyageur averti ne peut quitter cette région sans
passer par les ruines de Pisac. Nous sommes allés
rendre visite à ces lieux. Près des murs de
pierres se tenait un chaman, qui allait vers certaines personnes
pour les inviter à poser les mains et le front sur
les pierres, pendant qu'à travers l'ouverture circulaire
du centre de sa grande croix inca, il soufflait dans le
dos des individus au niveau des chakras. Cet homme qui inspirait
confiance est venu à nous et, après avoir
pratiqué son rituel sur chacun, nous a livré
quelques messages. Il m'a dit de continuer à croire
à ce que je faisais parce que j'accomplissais un
important travail en énergie et que j'étais
tout près de toucher la vibration cosmique. Nous
avons rencontré d'autres chamans qui lisaient notre
avenir dans des feuilles de coca mais la description de
leurs visions traduite du Quéchua à l'Espagnol
puis, de cette dernière langue au Français,
n'ont guère impressionné mon ressenti. De
retour de Pisac nous avons retrouvé notre hôtel
à Cusco et recommencé les visites des boutiques
de la ville.
Le
lendemain de notre passage à Pisac, après
avoir assisté à un spectacle de danses locales
en début d'après-midi, nous avons quitté
Cuzco par le train pour nous rendre Aguas Calientes, ville
se situant aux pieds de la citadelle de Machu Picchu. A
travers ces montagnes le tracé d'une voie ferrée
ne peut que suivre le cours d'une rivière qui, dans
ce cas, est celui de l'Urubamba. Nous sommes montés
dans un train qui au premier coup d'œil, me semblait
fatigué. Évaluant son âge et pensant
au fait qu'il devait depuis longtemps rouler sur une voie
étroite et très sinueuse, je l'ai finalement
trouvé plutôt sympathique. Pendant le trajet
j'ai compris que de voyager ainsi, jour après jour
depuis des années, près d'une rivière
qui se cache dans des montagnes dont l'élévation
ne laisse trop souvent apparaître que le soleil du
midi, il y a matière à attraper la lassitude.
Nous faisions vraiment figure de minorité visible
parmi les passagers qui montaient ou descendaient à
des arrêts parfois situés en pleine forêt
où un simple toit servait de gare. Les artisans des
alentours venaient nous offrir divers objets et nous pouvions
également acheter de la nourriture. Le tout s'échangeait
contre monnaie, par les fenêtres du train que les
vendeurs suivaient sur quelques mètres lorsqu'il
se mettait en branle, tentant dans ultime effort gestuel
et vocal de compléter une autre vente.
L'obscurité
venue, une lune inquisitrice pointait son regard sur nous
entre deux sommets. Reine incontestée dans son royaume
d'azur, elle tenant bien à distance quelques petits
nuages blancs qui n'avaient pourtant rien de belliqueux.
Seul sur la banquette, je me suis approché de la
fenêtre pour observer la Croix du Sud qui apparaissait,
puis disparaissait au gré des courbes de la rivière
que le chemin de fer avait été forcé
d'épouser dans un mariage de raison. De par sa quadruple
vision, la constellation veillait sur cette terre sachant
que de bons sentiments à son égard vivaient
toujours, bien ancrés dans l'inconscient collectif
d'un peuple qui jadis l'a honorée et aimée.
Aguas
Calientes est une petite ville agréable, qui doit
sa prospérité au fait qu'elle est le point
de départ pour les touristes qui vont visiter Machu
Picchu. Un autobus nous transporte aussi haut que possible
dans la montagne. Au-delà de ce point d'arrêt,
les seuls véhicules de transport dont nous disposons,
ont idéalement deux pieds bien chaussés, alimentés
par l'énergie d'un corps physique sain et aussi pourvu
de poumons pouvant s'accommoder de l'air en altitude. J'ai
rapidement constaté que les montées et descentes
dans les sentiers et escaliers de pierres que nous avions
connus, n'étaient qu'un entraînement nous préparant
à l'escalade de ce célèbre pic. Les
gens du pays habitués à ces courses dans la
montagne, nous voyant peiner dans les pentes et s'arrêter
pour reprendre notre souffle en admirant le paysage, ont
tous la même réaction: Ils sortent quelques
feuilles de coca d'un petit sac pour nous les offrir en
expliquant dans un langage gestuel que si nous les mâchons
notre respiration s'en portera mieux. J'ai tenté
l'expérience à deux reprises et malgré
le fait que les escaliers mesurant notre capacité
pulmonaire et musculaire se succédaient, je ne suis
pas en mesure de dire si j'ai bénéficié
d'une aide quelconque. Ce que peux cependant affirmer au
sujet de la coca, c'est qu'après en avoir avalé,
j'en ai gardé le souvenir d'un goût des plus
mauvais.
Les
sensations vécues sur le sommet, valaient largement
les efforts exigés pour m'y rendre. Je me suis retrouvé
dans l'énergie d'une autre époque que mon
mental cherchait vainement à situer. Partout où
mon regard se posait, il ne rencontrait que des pics de
montagnes, donnant devant cette nature inviolée l'impression
d'un monde nouvellement créé, impression que
la lumière d'un soleil encore mal défini dans
un ciel nébuleux venait accentuer. J'avais la sensation
que sur ce plateau, se confondaient le terrestre et l'extraterrestre.
Pour revenir à la réalité du moment,
j'ai marché vers un abri au toit de chaume érigé
pour ceux qui souhaitent passer la nuit sur ces hauteurs
dominant le village inca situé en contrebas. Vue
d'en haut, cette agglomération paraîtrait moderne
si les habitations bordant les rues étaient, comme
elles furent jadis, coiffées d'un toit. Quelques
longs escaliers de pierres, dont la base repose sur un palier,
que la montagne offre généreusement en cadeau
à ceux qui souhaitent s'arrêter, nous conduisent
à ces maisons séculaires dont les murs de
pierres sont encore en bon état. De ce point, nous
pouvons encore descendre pour voir de près quelques
autres constructions dont l'usage reste inconnu, et puis,
c'est le retour vers le sommet par un autre chemin.
Arrivés
sur le plateau, nous avons aperçu une terrasse qui,
allongée sur sa muraille rocheuse, vivait une heure
de solitude. Elle nous a chaleureusement accueilli après
avoir ouvertement usé de ses charmes pour nous attirer.
Appuyés contre les pierres gracieusement mises à
notre disposition et les jambes allongées sur le
sol, nous avons fait honneur au repas que notre infatigable
guide transportait dans un sac à dos depuis la descente
de l'autobus. Après nous être restaurés
et reposés, nous sommes allés à la
rencontre d'un chaman et assis en cercle dans l'herbe, nous
avons vécu un autre rituel qui, selon l'officiant,
nous porterait chance. Le sentier de terre battue nous conduisant
aux véhicules qui font la navette entre la ville
et le dernier point qui leur est accessible dans la montagne,
contrastait avec la dureté des pierres. C'était
comme un baume pour nos pieds et certains genoux, qui avaient
quelque peu souffert des longues descentes dans les escaliers.
Nous
sommes revenus à Aguas Calientes en fin d'après-midi.
Comme nous descendions près du quartier des boutiques
que nous devions traverser pour nous rendre à l'hôtel
et, sentant s'avancer la fin du voyage un peu comme on sent
venir l'automne, certains en ont profité pour compléter
leurs achats de souvenirs. Après le repas du soir
quelques personnes sont allées se baigner dans les
eaux chaudes qui se disent "aguas calientes" en
espagnol. Cette source, présent que la nature a offert
à ce coin de pays est un important attrait touristique.
Le lendemain, je n'avais pas la moindre envie d'accompagner
ceux qui sont retournés à la montagne. Pour
moi, le voyage était terminé. J'avais fait
ce que j'avais à faire, j'avais donné ce que
j'avais à donner et reçu ce que j'avais à
recevoir.
La
ville de Lima que nous avons retrouvée m'est apparue
plus sympathique. Nous en avons visité la partie
donnant sur l'océan. Sous le soleil d'hiver, la plage
était déserte et des petits bateaux s'accrochaient
au quai comme s'ils souhaitaient qu'on les retire de là
au plus tôt. Le Parc des Amoureux situé sur
une falaise dominant le Pacifique était cependant
très animé. De petites familles y faisaient
un pique-nique, d'autres plus sportifs expérimentaient
le deltaplane, mais en majorité les gens semblaient
s'y promener pour le simple plaisir de vivre dans cette
ambiance. Un gigantesque couple d'amoureux aux silhouettes
élancés et enlacées pour l'éternité,
bien ancrés sur leur plate-forme, est le principal
point d'attraction de ces lieux. Nous avons de nouveau passé
la nuit dans ce même hôtel qui avait été
le premier à nous accueillir en terre sud-américaine.
Le lendemain un avion nous a ramenés directement
de Lima à Montréal.
Nous
avons bénéficié de l'expertise d'un
guide exceptionnel au cours de ce voyage. Québécois
d'adoption mais ayant grandi près des Pyrénées,
il était à l'aise avec la langue espagnole
aussi bien qu'avec le Français. Nous avons également
profité des connaissances de deux guides péruviennes
dont l'une en particulier avait un niveau de conscience
élevé. Comme je ressentais cette élévation
chez elle, je lui ai proposé d'ouvrir les barrières
placées entre ses chakras et leurs chakras-étoiles,
selon la volonté de son âme. Debout dans le
portail d'un ancien temple Inca et enracinée par
un homme et une femme de notre groupe, elle était
très réceptive. J'ai opéré de
la façon inspirée par le Mahatma et les barrières
de ses chakras se sont ouvertes à l'exception de
celles de l'Étoile de la Terre et de l'Étoile
de l'Âme, deux chakras situés dans l'éthérique,
l'un à trente centimètres sous les pieds et
l'autre, à trente centimètres au-dessus de
la tête. Cette jeune dame m'a remercié en me
remettant quelques jours plus tard, une copie des constellations
connues des Incas et des Aztèques, comprenant les
signes du zodiaque de ces civilisations, qui diffèrent
des nôtres. Un an plus tard, j'ai ouvert à
distance les deux chakras-barrières qui étaient
restés fermés chez cette jeune femme et la
magie a opéré.
Nous
avions mangé dans un restaurant connu de notre guide
et le surlendemain nous y sommes retournés pour le
repas du soir. En guise de remerciement pour notre présence
renouvelée, le propriétaire nous a fait cadeau
d'un verre d'alcool, présent réservé
à ses plus fidèles clients. Il s'est d'abord
présenté à mes côtés portant
une cruche de verre brun bien remplie, qui contenait une
vipère enroulée en spirale à l'intérieur.
Désignant du regard le petit verre déposé
devant chacun après le dessert il me dit: "un
poco?" Voyant mon signe de tête affirmatif qui
ne perdait pas de vue une vipère pourtant hors d'état
de menacer qui que ce soit, il en versa dans mon verre jusqu'à
la moitié pour ensuite aller d'une personne à
l'autre selon la demande. Sans doute aidé par une
partie du contenu de la bouteille de vin qui reposait devant
nous, vidée de toute sa substance, j'ai goûté
ce liquide qui ne pouvait qu'être un don divin parce
que gratuit. J'en ai immédiatement conclu que cette
vipère avait dû faire une mort heureuse et
lorsque mon voisin de table, après m'avoir vu vivre
une agréable surprise, s'est enfin décidé
à lui faire signe, notre hôte avait servi tout
le monde. Il vint lui verser un demi verre de ce liquide,
et cette fois, c'est moi qui lui ai demandé "un
poco?" Ainsi, j'ai été le seul à
boire le contenu d'un plein verre de ce liquide en pensant
aux paroles du Christ qui disait: "les premiers seront
les derniers". Ces paroles ne m'étaient cependant
encore jamais apparues sous cet angle, j'avais été
le premier et le dernier.

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